Le 9 septembre 2009
Eléments de culture générale pour le Maître au début du XXIeme siècle
On peut dire cela de façon très ambitieuse.En ce début de XXIème siècle, où l'angoisse est devenu un compagnon quotidien de survie pour la grande majorité de l'humanité, où les repères de pensée sont de plus en plus diffus, sinon occultés par le discours totalitaire des intégrismes sanguinaires, où le libéralisme absolu tient lieu de discipline citoyenne dans nos sociétes développées, où le zapping médiatique est la bibliothèque de nos enfants, on peut penser qu'une nouvelle Encyclopédie, au sens du Siècle des Lumières, est aujourd'hui nécessaire.
Edgard Morin, par exemple, dans son "introduction à la pensée complexe" (éditions ESF) et dans son "Discours sur la méthode" (éditions du Seuil), pose le paradigme nouveau des relations de la pensée au monde:
l'arborescence hiérarchique cartésienne doit accepter la multiplicité des boucles rétro-actives et auto-référentes, génératrices des situations émergentes (au sens où du neuf apparait, où le tout est plus que les parties) qui permettent de transiter entre les différents niveaux de complexité du réel.Beaucoup plus prosaïquement:
Dans l'exercice de mes responsabilités professionnelles, j'ai pris conscience que nos instituteurs et professeurs des écoles sont de plus en plus désarmés, dans leur polyvalence réaffirmée par l'institution scolaire, vis à vis d'un corpus de connaissances de plus en plus touffu et quasi "imprenable", donc non pensé, dans son ensemble et sa complexité.
C'est pour affronter ce désarroi, qui m'a été exprimé par nombre de ces enseignants des écoles, que j'ai entrepris, sans modestie, ce travail de synthèse.
Déjà, en restant au niveau des connaissances exigibles à la fin du collège, c'est bien d'un travail encyclopédique dont il est question:
multiplier les points de vue, rechercher les morphologies sous-jacentes,
élucider les dynamiques relationnelles.
Schématiquement, il s'agit, autour des savoirs primordiaux (du socle commun) de dessiner la mise en place d'une "manière de
penser" (méthodes, références, analogies...) qui croise
les savoirs selon deux axes:
en faisant fonctionner les moteurs de la connaissance:- L'efficacité (la puissance) de la pensée,
- le bonheur d'être un être pensant.
Dans cette perspective, la polyvalence du maître est vue comme une richesse qui favorise une relation inter-personnelle positive avec l'élève:- la spirale de l'observation (la spirale est la seule façon de sortir du raisonnement circulaire creux...),
- la pratique du discours (il n'y a pas de savoirs sans faire-savoir...).
la culture générale du maître, disponible pour l'élève, permet une structuration des bases du savoir qui fondera solidement tous les approfondissements ultérieurs.
Sans déborder des savoirs exigibles au collège, mais en les replaçant dans le contexte philosophique, scientifique, épistémologique qui constitue ce que l'on appelle "Culture Générale" pour l'honnête homme de cette fin de siècle, deux objectifs sont proposés à la formation des maîtres:
- une vision "encyclopédique": l'Homme, la Nature; autrement dit l'Esprit, la matière, le vivant.
- une réflexion "méta-encyclopédique": le développement, les apprentissages, l'enseignement.
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.
Sans prétendre à une si sublime expression poétique, cette essai de cartographie des savoirs est une tentative pour aider à une meilleure maîtrise des rites de la pensée et de ses relations au réel:
sans être un Grand Prêtre, un éducateur se doit d'être au moins un sous-diacre dans la hiérarchie de ce temple...
L'enseignement des sciences et de la technologie.
En deçà, au-delà de la didactique:
quelle culture scientifique ? Pour le maître, pour l'élève ?
1. Une situation dans le temps et dans l'espace qui relativise l'idée de culture
scientifique.
L'histoire nous permet d'identifier des périodes significatives des rapports de l'homme avec la science.
On peut distinguer:
- un temps des certitudes pendant lequel, en occident, le développement des connaissances
scientifiques et les progrès technologiques ont été à l'origine d'un enrichissement, d'une
croissance extraordinaire dans tous les domaines de la civilisation. Rapidement, ces
avancées technologiques et scientifiques ont conduit les occidentaux à dominer le monde
et à percevoir cette domination comme légitime.
- un temps du doute et de la peur. Les fondements scientifiques perçus comme immuables,
définitifs ont été remis en cause par les scientifiques eux-mêmes, parmi lesquels on peut
citer Kurt Gödel, Albert Einstein ou Werner Heisenberg. Par ailleurs, la science et
certains scientifiques eux-mêmes ont été impliqués dans des exploitations au profit
d'idéologies de la terreur, détournant la science de ses objectifs fondamentaux (exemples:
projets Nacht und Nebel, projet Manhattan). Le développement de la technologie s'est
aussi accompagné de son cortège de dérapages dramatiques et de catastrophes: Minamata,
Bhopal, Tchernobyl et… Toulouse.
Progressivement, qu'il s'agisse des sciences de la vie, des sciences de la matière et de
l'univers, des sciences du traitement des savoirs, toutes sont traversées par une réflexion sur
les liens entre science et conscience, par un besoin de réflexion éthique permettant et
nécessitant le retour des philosophes.
2. La culture scientifique, un enjeu de citoyenneté à l'orée du XXIème siècle.
L'histoire des sciences et des techniques, et surtout la réflexion sur leur sens pour l'homme,
incitent à militer pour une "nouvelle encyclopédie".
Une excellente culture générale pour tous apparaît nécessaire: elle seule permettra aux
citoyens, dans l' expression de leur opinion dans les sociétés démocratiques, de questionner,
de remettre en cause et de maîtriser les experts irresponsables, les "milieux bien informés", la
folie technologique. Une bonne culture générale pour tous contribuera à un débat serein, utile,
intelligent, au cours duquel seront évitées les simplifications abusives ou la fuite dans
l'irrationnel. Lorsque le citoyen accepte d'être acteur et responsable , il accepte aussi de ne pas
chercher de bouc émissaire.
2 C'est cette culture générale que l'école doit permettre à chaque enfant d'acquérir le plus tôt possible.
On peut reprendre les termes du rapport Fauroux (1996) pour définir ces savoirs
primordiaux à apprendre:
-savoir lire, savoir écrire et d'abord savoir parler.
-savoir calculer et disposer d'une connaissance élémentaire des figures et des volumes.
-comprendre l'espace et le temps (ordre chronologique, échelles, cartographies…).
-exercer de façon raisonnés ses capacités d'observation (mesure, hypothèses,
modélisation, validation).
-éduquer le corps et la sensibilité.
-apprendre les codes et les valeurs de civilité et de citoyenneté.
Ces apprentissages, l'école doit les mettre en place avec méthode et obstination. Pour cela, elle doit privilégier quelques entrées et principes:
-exploiter les moteurs de la connaissance: principalement, il s'agit d'exercer
l'observation, constamment renouvelée, approfondie, suscitée, et la pratique du discours en situation.
-engager et soutenir la dynamique du savoir: en classe, quelques étapes apparaissent
fondamentales; il faut accorder un soin particulier à la mise en place de situations
d'apprentissages motivantes, à enjeu pour les élèves, à la formulation et à la mise en forme du savoir pour faciliter son acquisition, à l'exploitation du savoir acquis de façon à permettre sa bonne intégration et à lui donner du sens.
-réinvestir constamment les compétences, en boucle: les connaissances doivent ainsi
être examinées avec un filtre d'observation de plus en plus fin et formulées avec un langage de plus en plus précis.
Au bout du compte, et pour conclure, la démarche scientifique bien construite, bien intégrée est l'outil qui nous permet d'affronter, donc d'accepter, la complexité et de refuser les simplifications, donc les intégrismes et autres pensées totalitaires.